Doléance est un nom commun dont la définition donnée par le Robert est la suivante : « Plainte pour réclamer au sujet d’un grief ou pour déplorer des malheurs personnels ». C'est également un nom propre (opposé de sale, n'est-ce-pas ?), c'est surprenant, mais voici pourquoi.
Des rumeurs malsaines et inappropriées se répandant sur l'identité de Doléance et la question étant souvent posée dans les conversations, de café en particulier, une réponse, évidemment partielle, peut y être apportée. En fait cela vient de loin. En effet, cela remonte à mon ancêtre devenu garde champêtre de sa ville. Et, sans le vouloir ni le savoir, il allait endosser un patronyme, aujourd’hui beaucoup trop couramment employé, qui allait à nouveau alimenter les rumeurs.
Son père François un géant sans terre, un pauvre bougre, convaincu que l’instruction permettrait à son fils de réussir dans la vie, s'est saigné aux quatre veines pour l’inscrire au collège. Pour son éducation c’est toujours lui qui s’en chargerait, on a des traditions et des valeurs familiales qu’il ne faut laisser à personne d’autre. Son fils a ainsi pu apprendre à lire et à écrire. Ce n'était pas donné à tout le monde à l'époque. Plus tard quand les temps commencèrent à être troublés, ce lettré entendait les récriminations de ses concitoyens qu’il croisait quotidiennement. Les autorités ne réagissaient pas devant leurs suppliques. Alors devant cette absence de réaction il s’avisa bien malgré lui, et bien mal lui en prit nous allons le voir, de recueillir les plaintes des habitants du lieu ! Pourquoi ? Aucune explication ne m'est parvenue.
A cette époque lointaine il y avait beaucoup de mécontentement. Mais au début très peu eurent le courage de venir se plaindre craignant les représailles du maire et de son mentor. Puis, le bouche à oreille le décrivirent dans cette tâche inhabituelle comme discret, accueillant, consciencieux et aimable. Les gens firent progressivement taire leur peur et vinrent plus nombreux lui confier leurs doléances. Ici c’était le chemin qui était défoncé, là la passerelle qui menaçait de s’effondrer, là le calvaire qui était à l’abandon, là encore les vignes saccagées par les animaux en liberté, là vagabonds et manants s'installant à leur guise, les ordures qui attiraient les rats, le bétail qui n’avait plus de foin, les femmes pestant contrele lavoir vraiment dégradé, le moulin trop souvent en panne, sans omettre le receveur qui exagérait en réclamant l’impôt ou des conseillers qui abusaient de leur situation. Mon ancêtre étant un des rares citoyens sachant écrire, c'est avec compassion pour les plaignants qu'il enregistrait tout cela sur son petit cahier. Dominique, tel était son prénom, fut vite apprécié et commença à être renommé. D’autant plus qu’il rapportait le malheur des gens sans en révéler l'origine. Cela se sut très rapidement et mon Dominique, pour qui les gens avaient du respect et une crainte certaine due à sa fonction, devint plus sympathique et ils l’appelèrent par son prénom. Cela se transforma en une considération affectueuse pour celui qui était présenté comme l’oreille des malheureux, des brimés, des maltraités, des laissés pour compte, des oubliés, des pas écoutés, des méprisés.... Et comme les temps étaient défavorables à presque tous, les gens se disaient en catimini les uns aux autres :
va voir DODO.
Mais cela commençait à faire de l’ombre aux puissants de l'assemblée des élus. C’en était beaucoup trop pour eux, ils finirent par avoir peur. Mais à qui se plaindre ? Ils ne pouvaient pas le faire auprès de mon Dominique, cela aurait été le monde à l’envers et leur arrogance les rendaient aveugles. Ils ne savaient plus que faire jusqu’au jour où le maire et son double zélé, sans prendre l'avis de leurs compères gênés de cette affaire, décidèrent de faire taire le garde champêtre. Sur quel critère s’appuyer ? Après mûre réflexion ils se persuadèrent que mon Dominique d’ancêtre tentait de prendre le pouvoir sur le peuple de leur ville. Comme en ces temps il y avait beaucoup plus de miséreux que de bienheureux cela avait une certaine logique comptable, mais bien trompeuse. Alors tel le paranoïaque qui s’en va en guerre, le premier échevin (aujourd’hui on traduirait par porte-flingue), délégué et encouragé par son chef déposa plainte auprès du procureur de la ville contre Dodo pour ABUS DE POSITION DOMINANTE !!. Et mon pauvre Dominique qui s’appelait Le Hans (le monstre ? origine germanique ?), par un raccourci historique et une transcription approximative de son état civil, devint Dodo Leance et finalement Doléance. Voilà vous savez tout sur l'origine de ce nom propre. Ce patronyme s’est perpétué jusqu’à moi. Je ne me plains pas de le porter, j'en souffre parfois. Mon ancêtre a été épargné. L’histoire a souvent tendance à se répéter dit-on, mais aujourd'hui sans couper des têtes.
En fait dans tout ça la seule chose importante est juste de ne pas berner ses concitoyens.
Toute relation avec des personnes ou des faits existants serait le fruit malencontreux du plus pur hasard .
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